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• • Articles et blablas - Page 283

  • "Raconte-moi l'Histoire" censuré

    Le site Raconte-moi l'Histoire avait été chroniqué il y a déjà deux ans par Bla Bla Blog – cela avait d'ailleurs été un de ses premiers articles : "Une histoire, une histoire, une histoire..."

    La bloggeuse Marine, qui s'était lancée dans la publication de billets historiques et irrévérencieux, a eu la mauvaise surprise, le 26 septembre dernier, de voir sa page Facebook censurée et supprimée par le plus célèbre des réseaux sociaux : "Presque 15 000 personnes lésées. Pourquoi ? Je ne sais pas. Une publication ne respecte pas les conditions de publication. Ce peut être un téton qui dépasse, une paire de fesses ou je ne sais quoi", se désole la responsable de Raconte-moi l'Histoire. Ce blog "éducatif" a fait de l'histoire un sujet drôle et impertinent, bien loin des cours ennuyeux que nous avons tous connus sur les bancs de l'école.

    Espérons que cette décision ne soit qu'une mauvaise plaisanterie. En attendant, Raconte-moi l'Histoire est toujours visible à cette adresse : http://www.racontemoilhistoire.com.

    Allez, Marine, tiens bon !

    Raconte-moi l'Histoire
    "Une histoire, une histoire, une histoire..."

     

  • La rue est à eux

    street art,graffeur,graffes,tags,contemporain,pop art,marie maerten,thimothée chaillou,nunca,jean-michel basquiat,samo,slinkachu,jr,bansky,jean faucheur,keith haring,invaders,miss.tic,monsieur chat,ernest pignon-ernest,cool earl,phase2,eva62,flint 707,seen,pisadores,5 pointz,taz,cy twombly,jean dubuffet,jackson pollock,zoo project,vitché,videoman,cédric bernadotte,ash,bleck le rat,corn-bread,déboulonneurs,diuf,el mac,barack obama,sheppard fairey,guerilla girls,olivier kosta-théfaine,laidy aiko,louis pavageau,ligne rouge,jérôme mesnagerIl faut lire la préface de 100 Artistes du Street Art, signée par Paul Ardenne ("Street Art, la rue est à nous !") pour comprend l’importance et la spécificité du street art, un mouvement mal aimé, dénigré et moqué : ses pourfendeurs l’accusent d’avoir fait du saccage urbain un moyen d’expression underground. Le dernier exemple en date étant le procès intenté par la SNCF contre l'auteur de Monsieur Chat.

    Voilà qui est sévère, et Paul Ardenne n’écarte pas ce discours critique d’un revers de main. Plutôt que de dresser un tableau chronologique de cet art de la rue, le maître de conférences en histoire de l’art à l’université d’Amiens, et aussi collaborateur pour les revues Art Press et Archistorm, se fait analyste précis et pertinent du street art. Il esquisse les origines d’un mouvement culturel foisonnant, de ses courants hétéroclites, de quelques figures majeures comme des problématiques culturelles, sociales, politiques ou juridiques d’un art engagé et, au départ, clandestin : "L’art de la rue stricto sensu, ce sont (…) toutes les formes d’expressions qui se moulent dans le tissu urbain et au contact direct du spectateur."

    Art intrusif, urbain (la plupart du temps, en tout cas), gratuit, entaché d’une réputation subversive, le street art est indéniablement entré dans une période de légitimité : un certain nombre d’artistes issus de cette mouvance voient de prestigieux musées publics ou privés leur ouvrir leurs portes.

    Quelles sont les origines du street art ? Né en Occident dans les années 60 (les artistes ont pour pseudonymes Cool Earl, Julio204, Phase2, Eva62 ou Flint 707), cette forme de création est en réalité bien plus ancienne. Paul Ardenne rappelle que les premières formes d’expressions artistiques étaient les grattages de surfaces ou les marquages à l’encre naturelle de surfaces rupestres durant le paléolithique. Le street art serait donc un mouvement culturel aussi vieux que l’homme, même si les bombes aérosols mises sur le marché dans les années 60 ont remplacé les empreintes de mains ou les reproductions de buffles à Lascaux ou Chauvet.

    Dans la deuxième moitié du XXe siècle, l’affirmation et le développement du street art, aussi critiqué soit-il (ou parce qu’il est critiqué et subversif ?) est spectaculaire. Il prend son essor dans les villes de la côte est des États-Unis avant de s’étendre en quelques années aux autres grandes cités occidentales, avec d’autant plus de vigueur que se propagent les grandes crises planétaires, pétrolières, économiques, sociales ou écologiques.

    À ses débuts, rappelle Paul Ardenne, l’expression graphique de ces artistes d’un nouveau genre est avant tout narcissique : le graffeur est dans une course à la visibilité. En taggant son blaze, lui - ou sa bande (le crew) - entend s’approprier en son nom propre l’espace urbain, jusqu’au recouvrement ("pourrissement") de l’espace public (Seen).

    Loin d’être le désœuvré dont on voudrait l’affubler, l’artiste de rue serait avant tout cet activiste utilisant la transgression pour faire de la rue un musée à ciel ouvert (une TAZ, ou Temporary Authonomy Zone), voire un lieu de vie où se mêlent musiques, danses, performances… en toute illégalité (5 Pointz, au Queens, New York).

    Cette illégalité, voire le vandalisme, n’est pas caché par Paul Ardenne dans sa préface. Il en fait d’ailleurs une véritable problématique, la plupart de ces artistes de la rue ayant assumé d’emblée d’être marginalisés.

    Art démocratique s’il en est, sans exigences académiques a priori (ce qui n’exclut pas les influences de brillants noms comme Jackson Pollock, Jean Dubuffet ou Cy Twombly), le street art a fait et fait toujours l’objet de tensions entre graffeurs et institutions publiques (Paul Ardenne cite justement le cas des pisadores à São Paulo). Pour autant, l’intégration, pour ne pas dire l’adoubement, d’artistes de rues à de grandes institutions publiques – que ce soit Jean-Michel Basquiat, Ernest Pignon-Ernest ou JR – est presque aussi ancienne que cet art lui-même. Des espaces dédiés sont concédés par les autorités pour les graffeurs – souvent du reste pour les canaliser – alors que des grands musées proposent d’ouvrir leurs galeries à ces créateurs venus de la rue.

    Le cœur de cet ouvrage paru aux éditions de la Martinière est la présentation de 100 artistes (ou groupes d’artistes) incontournables. Ils sont classés par ordre alphabétique, de "5 Pointz" à "Zoo Project" et se voient consacrés équitablement deux pages, une de texte, l’autre d’illustrations.

    Grâce à ces 200 pages, le lecteur peut se faire une idée d’un mouvement sans frontières, hétéroclites et aux approches parfois diamétralement opposées.

    Quelques noms connus ressortent : Bansky, Jean Faucheur, Keith Haring, Invaders, JR, Miss.Tic, Monsieur Chat, Ernest Pignon-Ernest ou Jean-Michel Basquiat (alias SAMO).

    Les 100 portraits brossés laissent voir la diversité de parcours chez des artistes que l’on a souvent caricaturés comme des vandales détériorant l’espace public. En réalité, ces artistes, souvent cachés derrière d’obscurs pseudonymes, ou bien œuvrant dans des collectifs plus ou moins influents, peuvent être d’authentiques avant-gardistes, prouvant que le street art ne doit pas se limiter à ces tags tracés en catimini sur des wagons abandonnés ou à des façades défigurés par des blazes.

    L’art urbain, nous disent les auteurs, Marie Maertens, Paul Ardenne et Thimothée Chaillou, peut être d’une très grande technicité et conceptuellement très élaboré, lorsqu’il ne renvoie pas à des influences artistiques reconnues : le land art (JR), le minimalisme (Slinkachu), l’art brut (Nunca), le folklore (Vitché) ou la vidéo (Videoman).

    Finalement, la richesse du street art dépasse, et de beaucoup, le phénomène populaire des tags, qui font tout de même l’objet d’une double page. Les créations conceptuelles de l’art urbain sont d’une richesse qui n’a pas à pâlir de la comparaison avec d’autres courants ou artistes de l’art contemporain : les interventions de Cédric Bernadotte, les peintures à la bombe monumentales d’Ash, les travaux au pochoir pop art de Bleck le Rat, les graffes de Corn-Bread, les actions engagées des Déboulonneurs, les affiches sophistiquées de Diuf, les fresques d’El Mac, les portraits emblématiques de Barack Obama par Sheppard Fairey, les peintures pointillistes (à la bombe!) de Jean Faucheur, les détournements féministes des Guerilla Girls ou ceux de Zevs, les petits personnages reconnaissables entre tous de Keith Haring, les collages monumentaux de JR, les installations minutieuses à base de tessons de bouteilles d’Olivier Kosta-Théfaine ou l’univers iconique de Miss.Tic.

    Citons aussi les détournements de panneaux routiers par le collectif roumain Monotremu, les intrusions urbaines de Monsieur Chat, les poupées mangas de Laidy Aiko, les tressages au scotch rouge de Louis Pavageau (alias Ligne Rouge), les personnages éthérés de Jérôme Mesnager, la performance spectaculaire d’Alexandre Orion dans les tunnels de São Paulo, les interventions d’Ernest Pignon-Ernest, les coulures de Quick, les phrases barrées en police Verdana de Rero, les créations complexes de SAMO (Jean-Michel Basquiat), les jeux de piste de Taki 183, les travaux au scotch de Tape Art ou les grattages monumentaux de Vhils et Zhang Dali.

    Le guide ne met pas sous silence l’une des plus étonnantes réalisations du street art, l’Underbelly Project. Il s’agit d’une vaste exposition secrète dans les sous-sols de New-York. Une station de métro abandonnée a été confiée à des centaines d’artistes. Sorte de "Lascaux contemporain", l’Underbelly Project est destiné à être vu par les spectateurs… des siècles futurs : "Un acte de mémoire, comme un acte d’amour sans attente de retour", commente Paul Ardenne au sujet de ce projet spectaculaire et inédit.

    Un monde underground est dévoilé dans ce livre rigoureux et de qualité. Au terme de la lecture de cet ouvrage collectif, le lecteur ne verra plus de la même manière les tags qu’il croisera au coin de la rue.

    Marie Maertens, Thimothée Chaillou et Paul Ardenne, 100 Artistes du Street Art,
    éd. La Martinière, 2011, 236 p.
    "Qui veut la peau de Monsieur Chat ?"

  • Qui veut la peau de Monsieur Chat ?

    Monsieur Chat est ce personnage devenu célèbre, un chat jaune aux yeux en forme d’amande et au large sourire espiègle, créé par l’artiste franco-suisse de street-art, Thoma Vuille. Monsieur Chat est devenu si familier pour des millions de citadins de Paris, New-York ou Tokyo que l’on peine à imaginer que cette icône puisse être attaquée.

    C’est pourtant ce qui se passe en ce moment. La SNCF a en effet traîné en justice Thomas Vuille pour avoir dessiné Monsieur Chat sur des parois en travaux de la Gare du Nord. Le facétieux félin, figure emblématique de l’art de rue, pourrait valoir à son auteur trois mois de prison ferme, pour récidive, Thomas Vuille ayant déjà été, par le passé, condamné à des amendes pour des faits similaires. La vieille compagnie ferroviaire ne rigole pas avec la dégradation de ses biens, y compris pour de sordides panneaux en travaux, et ce même s’il s’agit d’œuvres d’arts éphémères par un artiste internationalement reconnu.

    Quel que soit le verdict, attendu le 13 octobre 2016, pas sûr que la SNCF sorte grandie par ce procès d’un autre temps.

    Le bloggeur reviendra plus longuement sur le street-art dans un article à paraître demain sur Bla Bla Blog.

    http://www.monsieurchat.fr

  • Alka en concert

    Le bloggeur a déjà dit tout le bien qu'il pensait d'Alka Balbir ("Suprême Alka").

    La chanteuse revient cette rentrée pour une série de plusieurs concerts à Paris. Le prochain aura lieu le 27 septembre aux 3 baudets à 20 heures, avec Alister.

    "Suprême Alka"
    Réservation aux Trois Baudets

  • Pour en finir avec Heidegger

    images.pngAvant de parler de l’essai de Maurice Ulrich, Heidegger et le Golem du Nazisme (éd. Arcane 17), il est sans doute bon de revenir sur la carrière de Martin Heidegger (1889-1976), fréquemment considéré comme le philosophe le plus important du XXe siècle. Ce penseur a été autant admiré pour ses travaux que décrié en raison de son adhésion au parti nazi durant les années 30 et de son zèle patriotique dès l’arrivée d’Hitler au pouvoir : élu recteur de l’université de Fribourg-en-Brisgau en 1933, il prononce un discours d’allégeance au parti nazi (Le Discours du Rectorat) qui pèse encore lourd sur sa réputation. Pour preuve, en 1945 l’illustre professeur allemand est interdit d’enseignement pendant six années au terme d’un procès de dénazification, et ce en dépit de la défense à son ancienne maîtresse, la philosophe –  juive – Hanna Arendt. La publication des Cahiers noirs du philosophe a terni un peu plus sa réputation scandaleusement antisémite.

    Martin Heidegger continue pourtant d’avoir ses ardents défenseurs, soucieux de préserver ses apports dans l’histoire de la pensée. En quoi consistent-ils justement ? Voici quelques éclaircissements qui permettront de situer l’ouvrage de Maurice Ulrich.

    L'essai de Martin Heidegger, Être et Temps (1926), s’interroge sur la question de l’être : "La question de l’être est aujourd’hui tombée dans l’oubli" écrit-il. Ce sujet, qui intéressait les présocratiques (Parménide et Héraclite, notamment), fait son grand retour dans la philosophie occidentale grâce à Martin Heidegger. Il définit l'Étant comme cet homme empirique doué de paroles et de pensées. Mais Heidegger va utiliser un autre vocable, le Dasein (Être-là), qui est au cœur de l’essai de Maurice Ulrich. Grâce à l‘herméneutique mais aussi la phénoménologie, le Dasein est capable de s’interroger sur son propre être. Sans Dasein, le monde serait en quelque sorte vide, peuplé d’Étants, mais sans Être.

    Maurice Ulrich place le Dasein (écrit dans son ouvrage : "D a s e i n") au cœur de son livre Heidegger et le Golem du Nazisme, un essai à la fois pointu, pertinent et féroce sur les concepts philosophiques d’un penseur complexe et controversé.

    Dans son avant-propos, l’auteur, "un journaliste qui n’est pas un professionnel de la philosophie", explique sa démarche : plutôt que de "démontrer quoi que ce soit des liens de Heidegger avec le nazisme", Maurice Ulrich, éditorialiste à L’Humanité, entend expliquer, commenter et démonter les ressorts et les concepts philosophiques souvent obscurs de l’ancien élève de Husserl. En un mot : "démolir Heidegger".

    Le tour de force de Maurice Ulrich est de prendre à bras le corps dès la première partie ("Heidegger et le Golem") l’œuvre de Martin Heidegger, "Une forteresse vide, fermée sur un désert sans amour, sans sujets et sans liberté." Le concept du Dasein est au centre de son analyse, un concept promis à un avenir brillant, mais qui ne serait en réalité qu’un prête-nom (un Deckname). Le style complexe (pour ne pas dire ampoulé) du philosophe allemand semblerait avoir conduit à un malentendu au sujet de ce Dasein : "Il est vrai que le Dasein, entendu comme Être-là, semblait de nature à fournir une base à une philosophie de l’Existence". Mais aurions-nous été enfumés par Heidegger lui-même ? C’est ce que Maurice Ulrich défend avec conviction : "La fumée de l’être sortie de la bouteille va prendre la forme du peuple allemand et de son destin « historial »".

    Le heideggérisme n’est pas un humanisme, dit en substance l’auteur. Le "Dasein, vide d’humanité Heidegger va le chercher dans sa glaise pour en faire une créature à sa façon et adaptée à ce qu’il appellera de manière récurrente, la nouvelle volonté allemande. C’est un Golem." Paradoxalement, et non sans ironie, cet être imaginaire et monstrueux, sans conscient, est une créature tirée de la tradition juive. Maurice Ulrich ajoute que, dans un cours de 1933-1934 (Être et vérité), Martin Heidegger parle de "l’extermination totale de l’ennemi intérieur." Mais quel est cet ennemi ? Maurice Ulrich est explicite tout au long de son essai et les heideggeriens ne manqueront pas de s'étouffer.

    La deuxième partie de l’essai compile des extraits d’ouvrages du philosophe : Être et Temps (1926), Introduction à la Métaphysique (1935), Apports à la philosophie – De l’Avenance (1935-1936) et Qu’appelle-t-on penser ? (1951-1952). Maurice Ulrich commente Heidegger dans le texte, avec toujours en point de mire ce Dasein, une "aventure partagée" (du peuple allemand), que l’ancien recteur de Fribourg enrobe dans une syntaxe souvent difficile à maîtriser pour un non-spécialiste : "La question en suspens, celle qui porte sur un propre être-entier du Dasein et sur sa condition existentiale, ne sera amené sur un sol phénoménal éprouvé que quand elle pourra se tenir à une possible propriété de son être attestée par le Dasein lui-même." Les exemples de ce genre sont nombreux. Le lecteur peut remercier Maurice Ulrich de le prendre par la main pour voir plus clair dans les travaux du philosophe allemand.

    L’essai aborde frontalement la question de la Shoah et des "usines de la mort". La réputation de Martin Heidegger n’en sort pas indemne. Le plus grand philosophe du XXe siècle se montre d’un cynisme glacial, pour ne pas dire "insensé", lorsqu’il affirme ceci en 1949, lors de la Conférence Le Dis-positif : "L’agriculture est aujourd’hui une industrie d’alimentation motorisée, sans son essence la même chose que la fabrication de cadavres dans les chambres à gaz et les camps d’extermination… la même chose que la fabrication de bombes à hydrogène." Maurice Ulrich écrit plus loin : "La motorisation de la Wermacht" pourrait bien s’apparenter à un acte "métaphysique."

    Dans ses dernières pages, particulièrement engagées (le chapitre "Maintenant"), Maurice Ulrich enfonce le clou : "La pensée de Heidegger est bien, quoi que l’on veuille, une philosophie, perverse, mais une philosophie (...) recyclable et peut-être revendiquée par de multiples courants idéologiques qui sont loin de se limiter aux nostalgiques du nazisme en Europe, mais remettent en circulation les thèmes de l’identité, de la souche, des racines qui ne sont jamais que d’autres appellations du Dasein et de la division des « étants »."

    Cet essai musclé laisse la parole de fin à Thomas Bernhard : "Heidegger était en quelque sorte un escroc philosophique… Aujourd’hui, Heidegger n’a pas encore été entièrement percé à jour, si la vache Heidegger a bien maigri, on continue toujours à tirer le lait heideggerien." Le portrait cinglant du dramaturge autrichien sonne comme un véritable enterrement de première classe.

    Maurice Ulrich, Heidegger et le Golem du Nazisme, éd. Arcane 17, 2016, 153 p.

  • Une Fleur pour l’Orage nu

    fleur offwood,zaza fournier,yvan cassar,steve reich,berg,webern,shoenberg,contemporain,smartinesJ’avais parlé sur ce blog de la Sonate de Vinteuil et du concours de création musicale et digitale organisé par NoMadMusic dans le cadre du festival Normandie Impressionniste ("Joue-la comme Proust"). La composition du vainqueur sera d'ailleurs jouée par l'Orchestre de l'Opéra de Rouen-Normandie sous la direction d'Yvan Cassar, ce 15 septembre à l'Opéra de Rouen, en clôture du festival Normandie Impressionniste.

    Ce n’est pas le premier coup d’essai de NoMadMusic, un label musical qui s’est spécialisé dans l’innovation web (la "musique augmentée") et la création musicale. Bla Bla Blog fait un retour en arrière avec un autre concours qui, fin 2015, a mis en partenariat NoMadScore, Orange et la Philharmonie de Paris. Le principe ? Un concours d’arrangements musicaux à partir de samples orchestraux (cordes, cuivres et bois) et de la voix de Zaza Fournier.

    En janvier dernier, le prix du jury a été décerné à Fleur O., alias Fleur Offwood (Fleur Dupleich pour l'état civil), pour une création originale de 2:17, L’Orage nu.

    La jeune musicienne a fait le choix d’une composition audacieuse, offrant une pièce de musique de chambre contemporaine que le Kronos Quartet n’aurait pas renié : les leitmotivs entêtants, inquiétants et teintés de naturalisme (l’auditeur peut être transporté à la campagne en été, un jour d’orage) semblent faire le pont entre le sérialisme viennois du début du XXe siècle (Schoenberg, Berg et Webern) et le courant répétitif américain, une influence que la musicienne revendique en faisant référence au compositeur contemporain Steve Reich.

    L’Orage Nu est une courte pièce culottée et lumineuse, d’une belle maîtrise. Elle prouve du même coup qu’on aurait tort de voir la musique d’aujourd’hui cantonnée à la pop, au rock ou au folk.

    Fleur Offwood a pour elle un parcours de musicienne d’une grande richesse : auteure, compositrice et interprète, elle s’est également intéressée à la musique électronique il y une dizaine d’années. Son parcours artistique a suivi de multiples voies : chansons, musiques de films, bandes sons publicitaires, remixes ou spectacles avec notamment le duo des Smartines . Et aussi, depuis peu, la musique de chambre contemporaine, via un concours national qui l’a récompensée de ce prix du jury mérité.

    Une vraie chercheuse musicale, à suivre de près.

    NoMadMusic : les compositions
    Le site de Fleur Offwood
    Studio 6/49
    Les Smartines
    "Joue-la comme Proust"

  • Star Trek revient de loin

    "Espace, frontière de l'infini, vers laquelle voyage notre vaisseau spatial. Sa mission de cinq ans : explorer de nouveaux mondes étranges, découvrir de nouvelles vies, d'autres civilisations, et au mépris du danger avancer vers l'inconnu" : vous aurez sans doute reconnu l’introduction de Star Trek, l’une des plus célèbres de l’histoire de la télévision.

    Il n’est pas exagéré de dire que l’histoire de cette saga de science-fiction, qui fête en ce moment ses cinquante ans, revient de loin. Une longévité d’autant plus exceptionnelle que Star Trek n’était au départ qu’une modeste série télévisée, sans grands moyens, qui aurait pu tomber dans l’oubli sans la pugnacité de ses auteurs et sans le soutien de ses fans.

    En 1965, le scénariste Gene Roddenberry développe l’idée initiale de ce qui allait être une série culte : au XXIIIe siècle, un vaisseau spatial terrien, l’Enterprise, dirigé par le capitaine Kirk (William Shatner) et secondé notamment par un savant extraterrestre, M. Spock (Leonard Nimoy), parcourt l’univers à la recherche de nouvelles vies. Un premier épisode pilote est filmé et jugé peu convainquant par NBC qui enterre le projet. Mais les créateurs se remettent au travail et tournent un second pilote, avec un nouveau casting. Cette fois, la production reçoit le feu vert et une première saison est diffusée à partir de 1966. La série initiale en comprendra trois, jusqu’en 1969 (ironie du sort, le dernier épisode sera diffusé quelques semaines avant les premiers pas de homme sur la lune).

    Faute d’audience, la série est abandonnée et aurait pu tomber dans l’oubli sans le soutien de nombreux fans, fascinés par son univers à la fois kitsch et incroyablement avant-gardiste. En dépit de l'arrêt de la série, ils entretiennent la mythologie Star Trek qui ne tombera, grâce à eux, jamais dans l'oubli. 

    Le père de la saga, Gene Roddenberry, relance la franchise, 10 ans après la fin de la première aventure télé, avec cette fois une version pour le cinéma: Star Trek, le Film, réalisé par Robert Wise. Le long-métrage suit le même équipage de L'Enterprise, avec des effets spéciaux et un budget de superproduction qui n'ont plus rien à voir avec la première série. Suite à ce premier succès, 12 autres films voient le jour, dont le dernier en date, Sans Limites, sorti cette année.

    Que l’on n'aime ou pas Star Trek, force est de reconnaître l’impact de cette saga de science-fiction hors du commun dont l’influence a dépassé - et de loin - le strict cadre télévisuel. Il y a d’abord ces personnages cultes : le capitaine Kirk, le Dr McCoy, M. Lieutenant-commandant Chekov (qu’en pleine Guerre froide, un Russe soit intégré dans cet équipage cosmopolite est tout sauf anodin !) et, bien entendu, le Vulcain aux grandes oreilles, M. Spock. Par ailleurs, en situant l’histoire au XXIIIe siècle, les créateurs ont misé sur l’invention d’outils technologiques inédits (phaseurs, tricodeurs et le fameux téléporteur) qui n’ont cessé d’alimenter la mythologie de Star Trek puis d’inspirer jusqu’aux scientifiques, fascinés par les inventions folles mais plausibles des scénaristes. Ainsi, la célèbre téléportation, imaginée au départ pour des raisons budgétaires (il était moins onéreux de faire voyager instantanément les personnages de l’Enterprise vers telle ou telle planète que de mettre en scène un voyage en navette spatiale) est devenue réalité avec la téléportation réussie de photons en 2014. De même, les communicateurs utilisés par les personnages dans la série d’origine ont une ressemblance troublante avec les téléphones portables à clapet mis au point et commercialisés quelque trente ans plus tard. Il n’est pas non plus fortuit que le prototype de la toute première spatiale américaine ait été nommée… Enterprise.

    Star Trek a marqué notre époque pour une autre raison : elle véhicule depuis sa création en 1966 un message humaniste et optimiste. Un épisode de la série est emblématique à ce sujet : le baiser entre le capitaine Kirk et le lieutenant Nyota Uhura (Nichelle Nichols) devient célèbre et légendaire puisqu’il s’agit du premier baiser entre deux personnes de couleurs différentes filmé pour la télévision. Une scène culte qui a fait date dans l’histoire du pays, comme dans celle de cette saga.

    Une saga qui n’a pas fini de s’éteindre car, outre la films sur grand écran, l’équipage de l’Enterprise devrait prochainement refaire son apparition sur le petit écran. Star Trek, partie de loin, a encore de beaux jours devant elle. 

    Building Star Trek, 88 mn, sur Arte en ce moment
    True Stories : Star Trek, 52 mn, sur Arte en ce moment
    "Star Trek ou la genèse d’une série aux idées progressistes", L’Humanité, 21 juin 2013
    http://forums.startrek-fr.net

  • Du 11 septembre à Daech

    Il a été dit et prouvé comment Al Qaïda doit son existence aux pays occidentaux lorsque, en pleine guerre froide, les États-Unis ont armé, financé et formé des combattants islamiques afin de déloger les Soviétiques d’Afghanistan. La suite est connue : mainmise des Talibans sur le pays, développement de la cellule terroriste d’Oussama Ben Laden et les attentats du 11 septembre 2001, il y a quinze ans jour pour jour.

    Le reportage de Michael Kirk et Mike Wiser, Du 11 septembre au Califat, L’Histoire secrète de Daech, diffusé il y a quelques jours sur Arte et toujours disponible sur Internet, retrace le parcours d’une organisation terroriste tentaculaire née en fait sur les ruines des Twin Towers. Grâce à des images rares et des témoignages d’agents du FBI, spécialistes du terrorisme, de journalistes d’investigation mais aussi d’hommes au pouvoir ces dix dernières années (Chuck Hagel, Colin Powell, Paul Bremer ou David Petreus) les deux auteurs montrent ce que Daech doit aux aveuglements et aux choix politiques cyniques des dirigeants américains après le 11 septembre.

    Au lendemain de l’attentat contre les tours jumelles du World Trade Center, la préoccupation de George Bush semble être autant la lutte contre Al Qaïda et son chef Ben Laden que la mise hors d'état de nuire de l’Irak de Saddam Hussein. Or, à l’époque, un djihadiste dangereux est repéré par la CIA, un certain Abou Moussab Al-Zarqaoui, une ancienne petite frappe irakienne que Ben Laden jugeait lui-même peu fiable. Mais Al-Zarqaoui présente un grand avantage pour le gouvernement américain : étant irakien, ce djihadiste inconnu du public, pourrait être un maillon entre Ben Laden et Saddam Hussein. En tout cas, c'est ce que les faucons de l’administration américaine voudraient croire car cela voudrait dire que l’Irak a orchestré les attentats contre le 11 septembre. Mais les experts de la CIA sont formels : Al-Zarqaoui est certes un djihadiste dangereux mais il n'a pas pris part aux attaques meurtrières d'Al Qaïda. 

    Contre cette évidence, les hommes du Président George W. Bush établissent pourtant, via Al-Zarqaoui, un lien - imaginaire - entre Ben Laden et Saddam Hussein pour justifier l’invasion de l’Irak. Lors d’un des plus célèbres discours de Colin Powell à l’ONU, Al-Zarqaoui passe du jour au lendemain du statut d’obscur combattant islamique à celui d’ennemi numéro 1 – après Ben Laden et Saddam Hussein. "Vous vous rendez compte de l’effet de ce discours sur l’ego de Zarquaoui ? On parle de lui à l’ONU ! Maintenant, Ben Laden et Al Qaïda savent qui il est vraiment. Il devient une figure emblématique sans avoir fait quoi que ce soit" juge sévèrement une spécialiste.

    La guerre éclair menée par les États-Unis contre l’Irak en 2003 marque une étape capitale dans la carrière de Zarqaoui et aussi dans les origines de Daech. L’occupation désastreuse par les États-Unis de l’Irak pousse des milliers d’anciens soldats sunnites à prendre les armes contre l’armée américaine et les nouveaux gouvernants irakiens chiites. Al-Zarqaoui devient le principal instigateur de cette insurrection.

    Le reportage de Michael Kirk et Mike Wiser s’arrête de longues minutes sur la sanglante guerre civile qui déchire l’Irak à partir de 2003. Zarkaoui tire les marrons du feu en mettant en place une stratégie terroriste chaotique, devenant l’un des hommes les plus dangereux de la planète : attaques kamikazes, enlèvements, tortures, exécutions sauvages filmées et communiquées via Internet. L’origine de Daech (qui ne porte pas encore ce nom) est là : un groupe terroriste dont l’extrémisme est inédit et diablement séduisant pour des milliers de jeunes Sunnites. Avec un Ben Laden aux abois, Zarkaoui, l’homme que les États-Unis ont contribué à mettre au grand jour, prend la main sur le djihadisme qui n'est encore que localisée dans ce pays du Moyen-Orient.

    Sa tête est mise à prix pour 25 millions de dollars mais il est déjà trop tard. L’ennemi public numéro un n’a jamais été aussi puissant, devant l’égal de Ben Laden qui avait, ironie du sort, rejeté Zarqoui quelques années plus tôt : "Zarqaoui est la start-up qui marche et Ben Laden veut investir dedans. Il veut que Zarqaoui utilise la marque "Al-Qaïda". Al-Qaïda n’a plus rien fait depuis le 11 septembre. C’est donc une occasion rêvée pour Ben Landen d’entrer dans la partie."

    Ben Laden désavoue finalement son "protégé" lorsqu’il apparaît que ce sont les musulmans chiites qui sont en première ligne des actions de Zarkaoui, "le cheikh des égorgeurs". La guerre civile devient totale en Irak, attisée par une propagande efficace et ambitieuse. Pour la première fois, Zarkaoui annonce son objectif : mettre en place un califat, un état islamique. La rupture fondamentale avec Al-Qaïda est là, dans le rétablissement d’un empire musulman sur la planète.

    En 2006, une attaque de l’armée américaine permet l’élimination de Zarkaoui, suivie d’une nouvelle opération d’envergure de l’armée américaine afin de pacifier l’Irak mais il est déjà trop tard : les germes de l’organisation de l’État islamique sont là. Son nouveau leader, Abou Bakr al-Baghdadi, ancien universitaire et djihadiste forcené, rusé et pugnace, va mettre en place un califat dont rêvait son prédécesseur, aidé en cela par la guerre civile en Syrie.

    L’organisation État Islamique, officialisée quelques mois après la mort de Zarkaoui, n'aspire qu'à renaître. Elle va profiter de la tentative révolutionnaire contre Bacher el-Assad à partir de 2011 pour déplacer ses actions terroristes vers ce pays et attiser les braises de insurrection contre le dictateur. Les attentats prennent de l’ampleur, d’autant plus que les rebelles syriens modérés et laïques sont laissés pour compte. L’aide américaine est refusée par Obama qui ne souhaite pas que les États-Unis, échaudés par l'après 11 septembre, s’engagent dans une action extérieure. L’opposition à el-Assad prend la forme d’une organisation djihadiste, parvenant au centre d’un jeu politique délétère. Al-Baghdadi arrive à son but : créer un État islamique, avec pour capitale Raqqa.

    Daech, cette fois définitivement déconnectée d’Al-Qaïda, à terre après l'exécution par le services secrets de son leader Ben Laden en mai 2011, devient une menace de plus en plus sévère, d’autant plus que l’objectif suivant est de transporter le conflit vers l’Irak, de nouveau en pleine tourmente. Al-Bagdadi, en 2014, lance ses troupes vers ce pays et s’empare de de Falloujah puis Mossoul. Le 4 juillet 2014, al-Baghdadi réalise le rêve de Zarkaoui et se proclame calife et commandeur des croyants.

    Un spécialiste rappelle qu’en septembre 2011, 400 personnes avaient prêté allégeance à Ben Laden. 15 ans plus tard, Daech a des pays, des armées, des tanks, des missiles. L’organisation a pu renaître de ses cendres et a déjà commis plus de 90 attentats de par le monde, de Paris à San Bernardino en passant par Istanbul ou Copenhague.

    La menace est bien présente et nombre de dirigeants occidentaux n’y sont pas pour rien, comme le rappelle le reportage à charge de Michael Kirk et Mike Wiser. La question de la responsabilité des Présidents Bush et Obama est bien en jeu. Comme le dit un spécialiste américain : "Nous avons créé le chaos et nous l’avons laissé là." Un chaos qui a commencé il y a quinze ans, un 11 septembre, par une belle journée d'été.

    Du 11 septembre au Califat, L’Histoire secrète de Daech
    de Michael Kirk et Mike Wiser, 52 mn