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Bla Bla Blog - Page 257

  • Le mystère de l'étoile mystérieuse de Tabby (hélas) résolu

    Il y a quelques mois, nous vous parlions d’un astre situé à 1280 années-lumières de la terre, suscitant depuis plusieurs années la perplexité des astronomes du monde entier. Le télescope Kepler avait détecté autour de l’étoile de Boyajian ou KIC 8462852, appelée aussi étoile de Tabby ,des variations de lumières aléatoires, subites et incompréhensibles.

    Désorientés, les scientifiques avaient émis plusieurs hypothèses. Parmi ces hypothèses, l’une des plus spectaculaires était celle des "sphères de Dyson", conceptualisée par le physicien Freeman Dyson dans les années 60. Ce dernier avait imaginé que des civilisations extraterrestres évoluées seraient ou auraient été capables "d’envelopper" leur étoile de collecteurs solaires, des sortes de panneaux solaires spatiaux capables d’absorber une partie importante de la luminosité d’une étoile. Cette mégastructrure digne de Star Wars avait de quoi faire rêvé les amateurs de SF et les passionnés de vie extraterrestre.

    Mégastructrure digne de Star Wars

    Hélas, l’astrologue Tabetha Boyajian qui s’est penchée sur cet astre, et dont le prénom a servi à baptiser "son" étoile, a sonné elle-même la fin de la récréation. Le magazine Pour La Science de février nous apprend en effet que les baisses de luminosité n’étaient pas identiques à toutes les longueurs d’ondes. Par conséquent, ces baisses ne seraient pas dues à des objets opaques, comme des panneaux solaires créés par des intelligences d’autres civilisations, mais tout simplement à de la poussière.

    Nous voilà donc éclairés sur un mystère qui faisait parler de lui depuis l’automne 2014. Les amateurs de vie extraterrestre seront bien évidemment déçus par cette annonce. Mais la recherche d’autres vies hors de notre système solaire n’a pas dit son dernier mot.

    Pour La Science, février 2018
    "Étoile de Tabby : la poussière serait bien la clé du mystère",
    Futura Sciences, janvier 2018

    "L’étoile mystérieuse"

  • An Obi-Wan Story

    Han Solo va bientôt faire l’objet du troisième spin-off de Star Wars (sortie prévue le 25 mai 2018). Et déjà, une question se pose : quel sera l’objet du prochain spin-off de la célèbre saga après un épisode IX prévue pour fin novembre 2019.

    Vous allez me dire que c’est aller vite en besogne, puisque ce projet de film exploitant l’univers de George Lucas nous amène quand même après 2020. Les fans de Star Wars sont pourtant bel et bien au taquet. De nombreux commentaires de fans ont déjà parlé de possibilités de spin-offs de Boba Fett, de Maître Yoda ou d’Obi-Wan Kenobi.

    Aujourd’hui, c’est ce dernier qui est à la corde pour être le protagoniste principal d’un film qui lui serait consacré. Le hors-série de Tout Savoir Arts & Média consacré à Star Wars nous donne quelques informations, non-vérifiables et surtout très hypothétiques, sur ce projet intéressant mais aux multiples questions.

    Ewan McGregor prêt à rendosser le rôle d’Obi-Wan

    Qui d’abord pour incarner Obi-Wan ? Après Alec Guiness dans la deuxième trilogie (Un Nouvel Espoir, L’Empire contre-attaque et Le Retour du Jedi), puis Ewan McGregor dans le rôle d’Obi-Wan jeune, c’est ce dernier qui serait pressenti pour ré-endosser un rôle qui avait apporté un vrai plus à la première trilogie (La Menace Fantôme, L’Attaque des Clones et La revanche des Siths). Retrouver l’acteur anglais dans le casting serait d’autant plus séduisant que l’action pourrait se passer entre l’épisode III et l’épisode IV.

    Près de quinze ans après le tournage de La Revanche des Siths, Ewan McGreggor endosserait le rôle d’Obi-Wan, vieilli du même nombre d’années que son personnage. Dans Un Nouvel Espoir, le maître Jedi devenu légendaire est caché sur la planète Tatooine, à quelques lieues du jeune Luke Skywalker dont il assure la protection discrète.

    Reste à savoir si les scénaristes pourraient trouver les ressorts suffisants d’une intrigue, sur une planète où le fils de Dark Vador a été caché sans que le secret ait été éventé. La logique voudrait que pendant cette retraite, il ne se passe pas d’événements notables. D’ailleurs, pendant ce laps de temps, Obi-Wan a disparu des radars et sa réapparition tient du miracle.

    L’autre grand point d’interrogation tient à la fabrication du film. Plusieurs réalisateurs sont pressentis pour tourner ce spin-off : Steven Daldry (Billy Elliot, The Hours, The Crown), Sam Esmail (la série Mr Robot), voire Gareth Edwards qui avait été aux manettes de Rogue OneMais tout cela ne sont que conjectures, même si ce projet semble prendre forme.

    Tout Savoir Arts & Média, hors-série Star Wars, janvier 2018
    "Boba Fett, toute une saga"

  • Danser et aimer parmi les survivants

    Hans Jonas se demandait s’il était possible de croire en Dieu après Auschwitz (Le Concept de Dieu après Auschwitz, éd. Rivages, 1994). Le récit de Marceline Loridan-Ivens pose cette autre question : peut-on aimer après avoir été déporté ? Et surtout comment aimer ? C’est le thème de son témoignage, L’Amour après (éd. Grasset).

    Un petit mot d’abord sur cette auteure dont le nom de famille ne devrait pas laisser les cinéphiles indifférents. Marceline Loridan-Ivens était en effet la compagne de Joris Ivens, le documentariste d’origine néerlandaise surnommé "le hollandais volant", et qui a travaillé avec elle sur plusieurs films, dont Le 17e Parallèle, Comment Yukong déplaça les Montagnes ou Une histoire de Vent.

    Il est d’ailleurs question de lui dans L’Amour après, ce récit se voulant en effet comme un hommage au grand amour de Marceline Loridan-Ivens.

    Un hommage mais pas que : après un accident qui l’a laissée aveugle, l’auteur suit en effet le fil de ses souvenirs et parcourt ses archives, dont principalement sa correspondance. Le lecteur trouvera finalement assez peu de pages sur la déportation. Elle en avait parlé précédemment dans son récit, Et Tu n'es pas revenu (éd. Grasset). Bien entendu, il est question de quelques faits marquants survenus dans les camps, traumatisants pour la jeune adolescente de 15 ans, perdue au milieu de femmes. Une de ces femmes apparaît dans le récit : Simone Veil, droite, belle et forte, avec qui Marceline Loridan-Ivens ramènera une amitié pour la vie : "Maintenant qu’elle n’est plus là, je sens bien que je pleure à l’intérieur. Je l’ai dit au cimetière : nous nous sommes rencontrés pour mourir ensemble."

    Maurice Merleau-Ponty, Edgar Morin, Georges Perec et Joris Ivens

    L’Amour après s’interroge sur la manière dont la narratrice a appris à vivre parmi les hommes, au milieu des hommes et avec des hommes : "La survivante avait raté ses deux tentatives de suicide, c’est la preuve qu’une part d’elle voulait vivre."

    Marceline Loridan-Ivens fait appel à ses souvenirs pour inviter des hommes qui l’ont marquée, et parmi eux quelques figures célèbres : Joris Ivens bien sûr, mais aussi Maurice Merleau-Ponty, Edgar Morin ou Georges Perec. C’est assez singulièrement que le Saint-Germain-des-Prés que l’on connaît, celui de l’insouciance d’après-guerre devient un théâtre où, en creux, se dessinent les traumatismes de la seconde guerre mondiale.

    C’est avec un sens du combat hors du combat que Marceline Loridan-Ivens est parvenue à survire, vivre et aimer, nons sans mal. Et finalement dompter un passé indicible.

    Marceline Loridan-Ivens et Judith Perrignon, L’Amour après, éd. Grasset, 2018, 157 p.

  • Toutes les musiques du 92 que l’on aime

    Le Département des Hauts-de-Seine lance l’appel à projets de la 4ème édition du PAPA (Parcours d’Accompagnement à la Professionnalisation des Artistes), un dispositif de soutien et d’accompagnement des musiques actuelles pour les artistes issus du territoire des Hauts-de-Seine. Il permet aux groupes des Hauts-de-Seine développant des projets artistiques aboutis d’être repérés par la filière professionnelle grâce à un programme sur mesure.

    Les groupes sélectionnés par un comité de professionnels bénéficient d’une aide financière de 3 000€ à 8 000€ pour développer leur projet, d’un accompagnement d’un an par un "tuteur", professionnel qui va aider aux choix stratégiques et faciliter la visibilité du projet au sein de la filière et d’une visibilité au sein du festival Chorus, dont il avait déjà été question sur Bla Bla Blog) et du Labo Chorus.

    Accompagnement sur mesure

    Les artistes soutenus participent également aux projets d’éducation artistique et culturelle déployé par le département en direction des collégiens (le dispositif Éteignez Vos Portables) et des séniors (Culture 3.4).
    Après Stamp, Gunwood, Dusk Totem et Tiwayo en 2016 ; ainsi que Jahneration, Livingstone, Einleit et Soulya en 2017, ce sont Jinx Fishh Pool et Monterosso qui sont accompagnés en 2018. Ces artistes sont maintenant pour la plupart sur de bons rails, avec des albums sortis ou en préparation ainsi que des tournées dans de grandes salles.

    Depuis le 15 janvier 2018, le Conseil départemental des Hauts-de-Seine lance un appel à projets pour la 4ème édition du dispositif de soutien et d'accompagnement des musiques actuelles. Les artistes intéressés ont jusqu'au 8 avril 2018 pour candidater.

    Chorus - PAPA

  • Surtout pas d’excuses entre nous

    Nous avions déjà parlé du grand retour d’Adrienne Pauly en ce début d’année. Dix ans après sa découverte (J’veux un Mec, L’amour avec un con), la chanteuse revient avec son second album, À vos Amours.

    Le temps passé aurait-il changé l’artiste ? Allait-elle nous proposer l’opus d’une femme assagie, sinon installée ? Dieu nous en garde. C’est l’Adrienne Pauly que nous connaissions qui revient, une Adrienne Pauly à fleur de peau, sarcastique et aussi passablement énervée. Un régal, qui nous console de ses dix années de silence musical.

    À vos Amours ce sont des titres rock et cash, à l’énergie irrésistible. Mais ne s’agit-il que de cela ?

    Prenez Tout l’monde s’éclate : ce joyeux hymne à la fête se transforme en constat plus amer que dans l’ivresse du lâcher prise, la frustration et la solitude ont souvent le dernier mot : "Tout l’monde est là / Tout l’monde / À part moi / Tout l’monde chante / Tout l’monde s’enchante / Mon cœur se marre bien."

    À ce premier titre caustique succède le formidable J’veux tout j’veux rien. Adrienne Pauly se lâche dans un morceau aux accents punk rock qui ne laisse rien passer : "Seule ou mal accompagnée / J’ai jamais su décider / L’ivresse ou la vérité / J’ai jamais su trancher / Si on s’aime ou pas / Si on l’fait ou quoi ? / Décide toi même / Et fin du problème."

    En dix ans, Adrienne Pauly n’a rien perdu de sa férocité ni de son humour. Elle tranche dans le vif dans l’une des belles réussites de son album, L’Excusemoihiste, son premier single sorti il y a quelques mois. La chanteuse fait le portrait sans concession d’une femme effacée, timide et soumise : "C’est une excusemoihiste / Une désolée c’est triste / Qui me dit toujours pardon / Excuse-moi. / Une excusemoihiste qui ne veut pas déranger / Et qui vit sa vie sur la pointe des pieds."

    "T’es un génie / J’crois qu’c’est clair / Tout le monde le sait / C’est super..."

    Les femmes ne sortent pas indemne des charges d’une artiste qui a fait de l’insolence et de l’humour et du second degré une vraie arme. Quelle Conne est par exemple le portrait des filles Gucci, "celles qui enterrent leur cerveau." Dans Comme un truc qui déconne, cette fois c’est un homme qui a droit aux charges d’Adrienne Pauly, dans un titre pop à la mélodie entêtante : "Y’a comme un truc qui déconne / Chez toi / Y’a comme un truc qui résonne mal chez toi / Dans ton miroir c’est le trou noir / Dès qu’tu apparais / Tu disparais." Et toujours cet humour noir : "Pose ce couteau / Tu vas t’blesser / Lâche ce sac / Tu vas t’étouffer… / T’es un génie / J’crois qu’c’est clair / Tout le monde le sait / C’est super..."

    Un thème est au centre du deuxième album d’Adrienne Pauly : l’amour et les relations hommes-femmes, que l’artiste résume ainsi dans Chanson d’Am... : "Va-t-en reviens : / La vie, l’amour : c’est ça"/ L’amour l’amour / C’est long c’est court / L’amour toujours / C’est bon c’est lourd." Dans ce slow rockabilly , il est question d’une chanson d’amour jouée un soir de solitude. Une jolie femme fait de cette "love song" un plan drague auquel elle s’accroche à mort. "Si tu veux on pleure / Si tu veux on danse / J’ai pas d’vocabulaire / Moi je sais faire : Ouais ouais ouais / Mais si tu crois qu’ça peut le faire / Si tu veux j’reste avec toi toi toi."

    Le morceau Les Amours passionnelles est, quant à lui, un appel sexy à l’amour immodéré et sans question ("Maintenant / Comme des Bêtes / Maintenant / Viens on s’emmêle"), auquel vient répondre le délicat et mutin titre qui le suit fort opportunément, La Bête qui est en Moi : "La bête qui est en moi / Est revenue me voir / la bête qui est en toi / Dans mon miroir je la vois."

    Juste un Moment clôt de manière atypique un album rock et désenchanté. Adrienne Pauly interprète sur des instruments acoustiques un tendre et pudique chant d’amour pour sa mère : "Comme autrefois, maman / C’est moi la petite / Dans le noir du couloir, maman / Je t’attends vite / Ton armoire pleine de fringues / Des talons pour marcher / Une clope en guise de flingue / Un coup de rouge / Et je m’en vais te retrouver. / On se voit si peu / On se parle si peu."

    La rockeuse Adrienne Pauly prouve qu’elle reste, derrière sa carapace de femme au caractère bien trempé, une artiste passionnée, intrigante et hypersensible. L'écouter c’est l’adopter.

    Adrienne Pauly, À vos Amours, Choï Music, 2018
    https://www.adrienne-pauly.com
    En concert à Paris le 19 mars, à La Maroquinerie
    "Adrienne Pauly, toute excusée"

  • Qui va tango va sano e lontano

    Au Café Gran Tortoni, en plein cœur de Buenos Aires, un jeune homme attend d’être reçu par un maestro du tango afin de devenir son élève. En attendant ce rendez-vous qui va changer sa vie, Mina, une serveuse et danseuse, le prend son son aile en lui présentant les personnages gravitant autour d’elle, dans un café tout entier dévolu à la plus sensuelle des danses.

    Le tanguero novice découvre et écoute ces histoires argentines, comme autant de récits d’initiation.

    Des récits d'initiation

    Dans les 110 pages d’une BD entièrement consacrée au tango, Philippe Charlot et Winoc mettent en image des destins incroyables : dans les années 30, un acteur trouve le succès puis le malheur grâce à un texte révolutionnaire de Jorge Luis Borges ; sur la Plaza de Mayo, un payador, troubadour et chanteur de tango, débarque de la pampa pour défier Carlos Gardel ; un autre chanteur raconte dans quelles circonstances il a gagné un concours hors du commun organisé par une certaine mademoiselle Magdalena ; il est également question d’un bandonéon apporté par une jolie factrice d’accordéon, d’un danseur doué mais désargenté empêtré dans une histoire de vol et d’amour, d’un flirt hors du temps entre deux retraités et d’un fantôme errant dans les salles du Gran Café Tortoni.

    Les amoureux du tango adoreront cette bande dessinée au scénario envoûtant. Les autres se laisseront transporter par ces histoires dont le fil conducteur est une danse et une musique, et qui invitent à écouter ou réécouter le Volver de Carlos Gardel : "Volver con la frente marchita / Las nieves del tiempo platearon mi sien / Sentir que es un soplo la vida / Que veinte años no es nada."

    Philippe Charlot et Winoc, Gran Café Tortoni, tome 1, éd. Bamboo, 2018, 110 p.

  • Les bonnes fées de Sarah Lancman

    De bonnes fées semblent s’être penchées au-dessus du berceau de Sarah Lancman, qui nous offre en ce moment son troisième album, À Contretemps. La Parisienne n’est pas une inconnue puisqu’elle avait obtenu en 2012 le premier prix du Concours International Shure Jazz Vocal au Festival de Montreux, non sans faire l’admiration du président du jury de l’époque, Quincy Jones : "She’s truly a great new voice for jazz," avait-il déclaré, dithyrambique.

    Sarah Lancman confirme dans son dernier opus être cette grande voix du jazz, capable de captiver, d'émouvoir et de faire chavirer. À Contretemps a cette simplicité et cette efficacité des meilleurs disques de crooners, à l’exemple du premier titre Don’t loose me. La voix suave et colorée de l’artiste sert des chansons originales qu’elle a composée seule ou en collaboration avec le plus français des pianistes italiens, Giovanni Mirabassi. Cette présence, avec celle du jazzman nippon Toku, fait d’À Contretemps un album très international, enregistré en Thaïlande, et aux multiples influences : américaines, françaises, asiatiques et même brésiliennes (Tout bas).

    Sarah Lancman nous ballade du côté de Broadway lorsqu’elle interprète en duo avec le trompettiste et chanteur japonais Toku le langoureux Love me just your way ou le très swing I wan’t your love, repris d’ailleurs en fin d’album dans une version japonaise.

    Une convaincante héritière de Michel Legrand

    À côté de cette incursion du côté des crooners américains, Sarah Lancman s’impose comme une convaincante héritière de Michel Legrand. Elle est au texte et au micro pour les délicates chansons Ça n’a plus d’importance, On s’est aimé (écrit en collaboration avec Francis Lalanne) et Choro pour les amants éternels.

    Dans la veine des comédies musicales de Jacques Demy, Sarah Lancman fait passer les sentiments amoureux dans tous ses états : la passion ("Ils se sont vus, ils se sont plus / Devenus amants d’un jour, / Amants toujours aimantés, même éperdus, / Perdus dans l’envie de vivre, / Cet amour qui enivre", Choro pour les Amants éternels), la nostalgie ("On s’est aimés quand on s’est vus / On s’est aimé à cœur perdu / Passent les jours et les saisons / Avec amour avec passion," On s’est aimé), la fantaisie ("« Je » aime à travers toi / Et « Tu » m’aimes en hors-la-loi / Les mots, la vie, le charme, les joies, / Passent les jours, passe l’émoi," Conjugaison amoureuse) ou les regrets ("Si nous n’étions plus amants maudits, / Sans rêve et interdits, / Est-ce qu’on s’aimerait encore et encore, / Corps à corps / Cœur à cœur et encore / est-ce qu’on changerait les choses ?," Ça n’a plus d’importance).

    Giovanni Mirabassi, découvert en France en 2001 avec son album Avanti !, fait ici merveille : comme compositeur musical de titres dignes des Demoiselles de Rochefort tout d’abord, mais aussi comme pianiste capable tout autant de grâce, de chaleur que de virtuosité (Ça n’a plus d’importance). Le jazzman italien, récompensé en 2002 par une Victoire de la Musique, et qui a aussi produit cet album, ne déçoit pas, tant l’osmose avec Sarah Lancman paraît évidente. Il nous offre notamment le très convaincant blues claptonien, Wrong or right ? (Sarah blues), avec Toku à la trompette.

    Sarah Lancman est aux manettes de A à Z dans le morceau qui donne son titre à l’album, À contretemps, preuve que l’artiste multiplie les talents : "Le temps des amants se moque du genre humain / Il n’aime qu’au présent / Et se fout du lendemain / Les saisons défilent / Le quotidien futile / On s’aime à contretemps." La voix caressante, toute de spleen et de grâce, porte une chanson que l’on se plaît à écouter et réécouter, encore et encore.

    Chanteuse surdouée, jazzwoman incandescente, compositrice talentueuse et musicienne que l’on rêverait de voir un jour en duo avec Michel Legrand, Sarah Lancman offre avec À Contretemps l’une des plus belles surprises musicales de ce début d’année.

    Sarah Lancman, À contretemps, Jazz Eleven, 2018
    https://www.sarahlancman.com
    https://www.giovannimirabassi.com
    http://toku-jazz.com

    Photo © Hugo Chevallier & Daniel Lober

  • Le super pouvoir des femmes invisibles

    féminisme,afaa,marina toméLes femmes ont relevé la tête ces derniers mois et ne sont plus prêtes à accepter n’importe quoi. À la faveur de l’affaire Weinstein, le "Balance ton porc" est devenu un hymne de révolte féministe largement médiatisé. Un hymne qui ne doit cependant pas faire oublier une catégorie de femmes invisibles : les comédiennes de plus de 50 ans. Elles sont aujourd’hui défendues au sein de l’AAFA (Actrices et Acteurs de France Associés), avec la commission AAFA-Tunnel de la comédienne de 50 ans.

    Ce collectif rappelle que les femmes constituent la plus grande proportion d’artistes-interprètes de 20 à 35 ans, mais autour de 50 ans ce sont les hommes qui sont majoritaires. Aujourd'hui, d’après l’INSEE, une Française sur deux a plus de 50 ans. Or, cette majorité réelle dans la vie est traitée comme une minorité invisible dans les fictions. Alors que la démographie confirme d’année en année la part de plus en plus grande des femmes de plus de 50 ans dans la société, les fictions sont exposées à la probabilité inverse. Qu’on se le dise : les personnages féminins ne vieillissent pas ; ils disparaissent des écrans.

    "À partir de 50 ans, les femmes développent un super pouvoir : elles deviennent invisibles. Surtout à l’écran !", ironise Anne Le Ny (Télérama mai 2014). Dit autrement, passé un certain âge, pour une femme, les chances de pratiquer le métier de comédien devient de plus en plus ardu. Peu de branches professionnelles supporteraient cette double discrimination basée sur le sexe et l’âge, sans se voir aussitôt cloué au piloris. Pas le milieu du spectacle qui semble accepter sans ciller le tunnel promis aux comédiennes de plus de 50 ans.

    Née en décembre 2015, la commission AAFA-Tunnel de la Comédienne de 50 ans s'est donnée comme premier objectif  de lever l'omerta, c'est à dire de rendre visible l'invisibilité des femmes de 50 ans dans les fictions.

    Le tunnel promis aux comédiennes de 50 ans et plus

    Un combat minoritaire et réservé à une niche de la population ? Marina Tomé répond par la négative : "Notre réalité professionnelle est en effet le reflet d’une image des femmes, stéréotypée, préjugée ou ignorée, portée par les fictions. Elle est aussi le reflet de ce que vivent les femmes dans la société en général : même plafond de verre, mêmes inégalités sociales, salariales et même condescendance a priori pour ce qu’une femme crée, fait ou produit. Que l’on soit caissière, chercheuse au CNRS ou artiste, c’est pareil."

    La commission AAFA-Tunnel de la comédienne de 50 ans se mobilise en premier lieu pour appeler un chat un chat : nommer ce tunnel et cette double discrimination "c’est déjà sortir de la solitude et de la remise en question personnelle."

    Ce collectif entend également collecter des études sur ce sujet comme des expériences vécues, en France comme à l’étranger afin de communiquer et de sensibiliser l’opinion.

    Dans l’univers impitoyable du spectacle, cette commission entend peser de son poids pour faite bouger les lignes auprès des institutions, des professionnels et des médias.

    Un lobby féministe est sans nul doute en train d’émerger pour donner de la voix et mettre de nombreuses professionnelles sur le devant de la scène.

    http://aafa-asso.info/tunnel-de-la-comedienne-de-50-ans

    Elles sont où ?” n°1
    Elles sont où ?” n°2
    Elles sont où ?” n°3
    Mannequin Challenge 2017