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Bla Bla Blog - Page 258

  • Abi Lomby : "Travailler avec LaShawn Daniels a été comme une évidence"

    C’est une jeune artiste de la RnB qui monte, qui monte, qui monte. Abi Lomby a lancé l’automne dernier son premier single, Lose No Sleep, écrit – excusez du peu – avec LaShawn Daniels. Nous en avions déjà parlé sur Bla Bla Blog.

    Lose No Sleep continue de faire son petit bonhomme de chemin sur Internet comme sur les radios, avant d’autres projets. Et il n’est pas impossible que la voix d’Abi Lomby devienne bientôt incontournable, en France comme aux États-Unis où l’artiste vit une partie de l’année.

    Abi Lomby a accepté de répondre aux questions de Bla Bla Blog pour mieux la connaître.

    Bla Bla Blog – Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

    Abi Lomby – Je suis franco-américaine, j’ai 21 ans, je vis entre Paris et Los Angeles. Je suis une fille nature, qui aime la vie, rire, partager des bons moments avec mes proches et mes amis, bref s’amuser et bien sûr chanter !

    BBB – Racontez-vous votre rencontre avec LaShawn Daniels.

    AB – Un moment qu’on n’oublie pas ! Je me suis retrouvée face à un grand Monsieur de la musique. Je me suis sentie à l’aise instantanément et travailler ensemble a été comme une évidence ! 

    BBB – Que saviez-vous de lui auparavant ?

    AB – Je connaissais tous ses tubes, écrit pour tous ces grands artistes (Michael Jackson, Whitney Houston, etc.). Autant vous dire combien j’étais impressionnée !

    BBB – Comment avez-vous travaillé avec lui ?

    AB – Vous l’avez compris, tout s’est passé comme si on se connaissait déjà ! Il est d’une infinie gentillesse. Il m’a tout de suite prise sous son aile, entraîné par ma détermination !

    BBB – Avec quels autres artistes avez-vous collaboré ?

    AB – Amir bien sûr ! Une première et merveilleuse aventure ! Lui aussi, si gentil, si rassurant, un peu comme un grand frère !

    "Travailler avec BigFlo et Oli serait incroyable !"

    BBB – Vous vivez entre les États-Unis et la France. Racontez-nous justement cette vie particulière et, j’imagine, excitante. 

    AB – J’ai effectivement cette grande chance. Je suis née aux USA. Depuis mon plus jeune âge, je navigue entre LA et Paris. Je profite de ces deux cultures si différentes, qui m’ont ouvertes à tant de styles musicaux.

    BBB – Quelles sont vos influences musicales ? De quels artistes vous sentez-vous proches ?

    AB – Elles sont multiples. J’aime particulièrement le RnB, et le rap US ! Je me retrouve dans The Weeknd, Drake, Cassie... 

    BBB – Avec quel artiste français souhaiteriez-vous travailler ? 

    AB – Je pense tout de suite à BigFlo et Oli. Ces deux frères ont une telle plume ! Travailler avec eux serait incroyable ! 

    BBB – Quelle est la prochaine étape de votre carrière après le single Lose No Sleep ? Un album ?

    AB – Un deuxième single et mon album arrivent dans les mois à venir ! 

    BBB – Des concerts et une tournée sont-ils prévus prochainement ?

    AB – On y travaille ! J’espère pouvoir très vite partir à la rencontre du public, c’est vraiment sur scène que j’ai envie de m’exprimer ! 

    BBB – Merci pour vos réponses.

    Abi Lomby, Lose No Sleep, InterConcerts, 2017
    "A voice is born"

  • Rimbaud, sors de ce corps

    MoonCCat serait sans doute la meilleure définition du musicien rock : dur, fragile et provocateur. Il avait été question de lui sur ce blog, à l’occasion de la sortie de son précédent album L'Absinthe, un vibrant hommage aux décadents du XIXe siècle que sont Charles Baudelaire, Oscar Wilde, Edgar Allan Poe ou Thomas Lovell Beddoes.

    Pour son dernier opus, sorti fin 2017, MoonCCat, sans doute le plus dandy des musiciens actuels, propose une lecture musicale, pop et rock, d’un autre poète maudit, Arthur Rimbaud. Bateau Ivre, c’est l’adaptation sombre, moderne - et lofi - de cinq textes classiques : Le Bateau Ivre, Le Dormeur du Val, Une Nuit d'Enfer, Première Soirée et Rêvé pour l'Hiver.

    MoonCCat fait oublier le Rimbaud académique enseigné dans les salles de classe. Il redevient cet artiste maudit, incompris et aux textes vibrants. Le Bateau Ivre est une ballade à la Noir Désir, sombre et désespérée et que l’on croirait enregistrée dans un caveau de Saint-Germain, sombre et enfumé : "Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes / Et les ressacs et les courants : je sais le soir, / L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes, / Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir !"

    Tragique et romanesque est le célébrissime Dormeur du Val, que MoonCCat interprète avec rage et sans tricher : "Les parfums ne font pas frissonner sa narine ; / Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine, / Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit."

    Le musicien slame le poème en prose Une Nuit en Enfer, adapté avec fidélité pour traduire le cri de désespoir du poète : "J’ai avalé une fameuse gorgée de poison. – Trois fois béni soit le conseil qui m’est arrivé ! – Les entrailles me brûlent. La violence du venin tord mes membres, me rend difforme, me terrasse. Je meurs de soif, j’étouffe, je ne puis crier."

    Artistes maudits

    Première Soirée séduit particulièrement pour le choix d’un magnifique et sombre chant d’amour. Accompagné de Delphine M., MoonCCat en propose une relecture rockabilly, non teintée d’humour noir : "Elle était fort déshabillée / Et de grands arbres indiscrets / Aux vitres jetaient leur feuillée / Malinement, tout près, tout près. / Assise sur ma grande chaise, / Mi-nue, elle joignait les mains. / Sur le plancher frissonnaient d'aise / Ses petits pieds si fins, si fins." Une vraie belle réussite. 

    Arthur Rimbaud sort de son image classique grâce enfin au dernier titre, Rêvé pour l’hiver : "L'hiver, nous irons dans un petit wagon rose / Avec des coussins bleus. / Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose / Dans chaque coin moelleux."

    MoonCCat démontre encore une fois qu’il est un musicien à la fois rare et audacieux, dans la lignée de ces autres artistes maudits de la fin du XIXe et du début du XXe siècle – et récupérés depuis par l’académisme littéraire. Hommage à Rimbaud, Bateau Ivre est aussi une relecture gothique, élégante et inédite de joyaux poétiques. Des joyaux empoisonnés, "dangereux et sensationnels" comme le dit lui-même le musicien, et qui invitent à " l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !"

    MoonCCat, Bateau Ivre, 2017
    http://www.moonccat.com

    "C’est le plus dandy des albums"

  • Cinquante nuances de spleen

    C’est le spleen dans tous ses états que nous propose Guillaume Poncelet dans son album solo « 88 ».

    Le musicien surdoué aux collaborations multiples (Claude Nougaro, Stevie Wonder, Ben L’Oncle Soul, Mc Solaar, Joyce Jonathan ou Ayo) propose un premier opus étincelant, mélancolique et dans une veine minimaliste. Il faut chercher du côté du groupe Rachel’s (Music for Egon Schiele) pour trouver la trace d’un tel album moderne piochant du côté de la musique de chambre, de la pop comme du courant minimaliste.

    « 88 » déroule seize titres aux troublantes sonorités, tour à tour délicates, sombres ou oniriques. Album instrumental, à l’exception notoire des deux derniers morceaux (Last Breath et Mon terroir), cette œuvre de Guillaume Poncelet offre une vaste gamme de sons, de nuances et d’influences pour offrir un tout cohérent et passionnant.

    La sonate Morning Roots peut rappeler le répertoire de Michael Nyman, avec ce minimalisme assumé, à l’instar d’Iceberg ou d’Après, renvoyant, eux, au courant répétitif américain. Le mystérieux morceaux Duty séduit par ses touches debussyesques, lorsque les titres Homo Erectus, Le Cahier ou L’Ennui évoquent l’écriture mélodique de Yann Tiersen.

    Minimalisme, pop et musique de chambre

    Guillaume Poncelet ne craint pas de faire appel à l’électronique dans l’aérien Reverse. Quant à Teano, c’est l’une des très belles réussites musicales de cet album : une invitation au voyage grâce à d’intelligents, puissants et bouleversants accords orchestraux.

    Aussi à l’aise dans le jazz que dans le répertoire contemporain, Guillaume Poncelet propose de passionnantes compositions de free jazz que François Jeanneau n’aurait pas reniées : le délicat Gus Song ou cet hommage à la Nouvelle Vague qu’est Au Bout du Souffle.

    Il faut également saluer l’audace du crépusculaire Derrière la Porte, le charme automnal d’Othello ou le nostalgique, onirique et langoureux The Two Of Me.

    « 88 » se termine avec deux exceptions notables : les titres vocaux Last Breath, avec le musicien néerlandais Thomas Azier (célèbre en France pour ses collaborations avec Stromae) et Mon Terroir, un slam de Gaël Faye, auteur en 2016 du Goncourt des Lycéens Petit Pays.

    Guillaume Poncelet, pianiste exceptionnel, nous offre avec « 88 » plus qu’un album spleen : un compagnon pour nos journées et nos nuits. Un véritable ami pour ainsi dire.

    Guillaume Poncelet, « 88 », Blend, 2018
    https://guillaumeponcelet.bandcamp.com
    En concert au Centquatre-Paris (104), 13 février 2018 (complet)

  • Que d'eau

    Alors que les inondations se poursuivent en région parisienne et en Normandie, avec une Seine devenue indomptable, rappelons-nous qu'il y a moins de deux ans, à l'instar de la Marne et de l'Oise les inondations avaient touché l'affluent du Loing. 

    Plusieurs villes avaient été durement touchées, dont Nemours, Moret-sur-Loing et Montargis. Nous en avions parlé sur Bla Bla Blog.

    Hors-série Inondations à Montargis

  • La seconde bataille de Verdun

    Cette seconde bataille de Verdun fut celle engagée par Fernande Herduin en 1920, dans les ors et les couloirs feutrés des palais de la République.

    Quatre ans plus, tôt, en pleine guerre, son mari le sous-lieutenant Gustave Herduin est fusillé pour désertion Verdun, sans aucun jugement . Contre toute attente, le soldat a cependant eu droit aux honneurs de la France à titre posthume pour ses faits d’armes antérieurs. Insuffisant, réclame la veuve Herduin qui réclame la vérité et la justice pour une exécution au cœur du gigantesque champ de bataille de Verdun.

    Un silence honteux

    Ne trouvant qu’un faible écho à ses revendications, la jeune femme se lance, épaulée par son avocat, dans une nouvelle guerre des tranchées contre une classe politique hypocrite et une administration militaire muette. En portant plainte pour meurtre, la Fernande Herduin parvient à faire du bruit dans Landerneau. Bientôt s’ouvre une nouvelle bataille de Verdun, judiciaire et politique cette fois.

    Cette affaire est mise en textes et en images par Jean-Yves Le Naour et Marko Holgado qui signent avec cette histoire édifiante le troisième tome d’une série sur Verdun, après Avant l’Orage et L’Agonie du Fort de Vaux.

    Les auteurs relatent dans un album à la facture classique l’histoire des fusillés pour l’exemple comme le silence honteux qui s’ensuivit. De ce point de vue, l’histoire de la veuve Herduin est celle d’une lanceuse d’alertes avant l’heure, obsédée par la réhabilitation de l’honneur de son mari. L’histoire est centrée sur ce personnage féminin solide et pugnace, en guerre dans une France encore traumatisée par les massacres de la Grande Guerre.

    Jean-Yves Le Naour et Marko Holgado, Verdun, Les Fusillés de Fleury,
    éd. Grand Angle, 2018, 47 p.

  • Loup, où es-tu ?

    Nous avions laissé Thierry Berlanda au Nigéria avec Naija (éd. Du Rocher), un sombre et beau thriller d’anticipation dans lequel il était question de crimes sordides, de capitalisme et de manipulations génétiques. Cette fois, c’est à Sancerre, au cours du XVIe siècle, que l’écrivain et philosophe français a situé l’intrigue de son dernier roman L’Orme aux Loups (éd. De Borée).

    En plein règne d’Henri III, Fondari, un montreur d’ours itinérant, débarque avec son animal dans la petite ville du Berry, déchirée par les luttes intestines entre le seigneur des lieux et son bailli, et surtout traumatisée par les terribles guerres de religion.

    Quelques heures après l’arrivée du voyageur et de sa bête, une fillette disparaît, avant un premier meurtre. Ce n’est que le début d’une série sanglante. Le coupable est tout trouvé, d’autant plus que l’animal a disparu. Le montreur d’ours est donc arrêté. Un jeune homme intervient pour lui apporter son soutien : il s’agit du fils du comte de Sancerre, Joachim Bueil. Les deux hommes se lient dans une course à la montre épique.

    Polar historique pendant les guerres de religion

    Dans son polar historique, Thierry Berlanda réussit le tour de force de nous surprendre et de nous faire voyager dans un monde à la fois sombre, inquiétant et digne des contes et légendes. Le personnage du montreur d’ours est bien entendu le principal supplément d’âme du livre. Parler des guerres de religions et de ses conséquences est l’autre bonne idée de cet ouvrage : la série de conflits épouvantables qui ont ensanglanté l’Europe au XVIe siècle vient exacerber les animosités du fascinant bailli Danlabre, du comte Bueil et du curé Jacquelin.

    Thierry Berlanda, philosophe autant qu’écrivain, délaisse l’action brute au profit d’une intrigue intelligente et rondement menée où se mêlent politique, manipulations et religions, le tout dans une langue finement travaillée. La vérité saura, comme il se doit, surgir grâce à la sagacité d’un bailli caractériel, insupportable de roublardise et à la réputation sulfureuse.

    Pari réussi donc pour ce polar d’à peine 200 pages, intelligemment mis en scène dans une France minée par les guerres de religion.

    Thierry Berlanda, L’Orme aux Loups, éd. De Borée, 2017, 196 p.
    "Naija ou mutations en chaîne"

  • Laissez-vous conter

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    La revue spécialisée nous replonge dans un domaine à la fois familier et inattendu. Car à côté de sujets plutôt pointus, comme une étude de la géographie du sacré, la découverte du peuple africain des Sénoufos ou les pratiques thérapeutiques des sorciers, le lecteur se plongera avec un plaisir enfantin, voire régressif, dans des mondes familiers de son enfance : Cendrillon, le Petit Chaperon Rouge ou le Petit Poucet.

    La conteuse Isabelle Genlis nous parle d’Andersen et de La Petite Théière, une de ses histoires, sans doute pas la plus connue. La chroniqueuse en dévoile les secrets et les interprétations : "La vie ne tient qu’à un fil, qu’Andersen manipule en marionnettiste habile, en maître du genre."

    Un domaine à la fois familier et inattendu

    L’histoire de Cendrillon est non seulement également décortiquée par Bernadette Bricout, professeure de littérature orale à l’université Paris-Diderot, mais aussi reproduite dans la célèbre version de Charles Perrault. Un bon moyen de découvrir ou relire un texte fondamental de la littérature et voir autrement Cendrillon, "une vieille avant l’heure." Le Petit Chaperon Rouge, La Belle au Bois Dormant, Barbe Bleue (adaptée en 2009 pour la première par une femme, Catherine Breillat, comme nous le rappelle Jack Zipes), La Petite Sirène ou le Petit Poucet ont également droit à leur focus.

    Mais Contes & Légendes s’arrête aussi sur d’autres cultures et d’autres histoires, toujours en rapport avec la nature et les quêtes initiatiques : Le Conte du jeune Homme Saule et Kaguya Himé, la fille du coupeur de bambou (Japon), une légende amérindienne sur la légende des peaux (Canada), la recherche par un homme des arbres dans un monde où ils n’auraient pas existé (Vietnam) ou les contes enchantés des pays slaves.

    La Bretagne, terre mystérieuse aux légendes extrêmement riche est traitée, est également abordée par le musicien Gérard Lomenec’h qui s’intéresse à la place de la forêt. Les ethnologues Yvonne Verdier et Geneviève Massignon se posent quant à elle cette question : Que sont venues faire les filles perdues en forêt ?

    Les amateurs de contes, à l’origine de la fantasy moderne, seront dans cet élément avec cet hors-série de Contes & Légendes passionnant.

    Contes & Légendes, hors-série "Contes – La nature, une quête initiatique", janvier 2018

  • Vingt-sept ans à la limite

    Après ses deux EP, Mesure Première et Mesure Seconde, on attendait la sortie du premier album de Laurie Darmon. Que nous réservait la jeune chanteuse, vingt-sept ans à peine, qui avait fait sensation avec ses chansons au flow irrésistible et sensible, Rupture, Ta Voix ou le formidable Juillet Formiguères ? Son album Février 91 ne déçoit pas et suit la même veine intimiste et la même couleur rythmique.

    Laurie Darmon a opportunément intitulé son premier opus en référence à sa date de naissance. Album très personnel, Février 91 parle de jeunesse, d’adolescence et des premiers émois. Il s’ouvre avec 17 ans, que la chanteuse propose dans deux versions – la seconde (17 ans Face B) s’avérant la plus efficace : "Ce soir, dis moi, t'as 17 ans déjà déjà / Ce soir, dis moi, t'as 17 ans, 17ans / Fugace, cocasse, / L'instant se forme et puis s'enfuit pour n'être plus qu'un souvenir…" A l’instar du Vingt ans de Léo Ferré, les adolescents de 2018 verront dans ce titre un hymne tendre, poignant et non sans humour à leurs jeunes années ("Puis un jour t'auras des gosses / Et tu leur criera "Bosse, bosse. / Puis après t’auras même des petits gosses / Et à eux tu leur diras « Encore tu bosses ? »"), chanté par une grande sœur bienveillante.

    Sans lâcher son flow tendu, Laurie Darmon construit des textes auto-fictionnels dans lesquels il est beaucoup question d’elle (Moment d’Absence), de recherche de soi (Je pense), de dépression (La Rage au Cœur : "Elle ne m'a pas quitté vous savez / La rage au corps qui me bouffe depuis sept longues années / Comme un tunnel que je n'ai pas emprunté / Parfois je n'en vois pas le bout / Il y a de l'ombre partout / Sur le monde que j'ai tant aimé / Tant croqué / Les plaisirs de la vie s'échappent / Et ne reviendront pas") ou de fantasmes (Désirs interdits).

    Laurie Darmon plonge avec un mélange de culot, d’audace et de sensibilité dans le royaume de l’intime. Elle parle de "Rêves / De choses un peu mauvaises / De douleurs qui apaisent / De gestes qui déplaisent… / De marcher sur la braise" dans ce Désirs interdits, un titre qui annonce le joyau gainsbourien qu’est Monte encore : "Au coin d'une rue / Je me suis perdue / Telle une chienne / Je me démène / Pour m'en sortir / Te voir languir / Au coin du feu / Me ferai jouir / C'est désarmant / Ce calme fou / Que tu prétends / Garder à bout / A bout de force / Je m'efforce / Tu me regardes / Sale bête féroce…" Tout, dans ce petit chef d’œuvre, que ce soit l’écriture ciselée et incandescente, la composition bluffante ou l’orchestration brillante, en fait l’un des titres inoubliables de cet album d’une grande ambition artistique.

    Incandescente

    À côté de l’étonnant, touchant et piquant hommage aux soldats anonymes (Les Militaires), l’auditeur s’attardera sur le sublime portrait Clémentine : "Clémentine part en vacances / mais Clémentine n'a pas de chance / le soleil s'est pas levé / alors elle est restée couchée / Clémentine n'a pas le moral / il l'a quitté et ça fait mal / Clémentine s'en remettra /Clémentine c'est un peu toi…"

    Laurie Darmon propose avec Les Jupons de Madame une parenthèse sobre et élégante. Le slam fait place à une valse légère, classique et mélancolique, largement inspirée du répertoire de Barbara : "Les jupons de Madame ont vu pousser de jolies jambes / Auxquelles, ils ont vite enseigné l'intimité des jolies chambres / Là-bas, la porte reste close, la nuit dure une éternité / Madame baigne dans l'obscurité à l'abri d'une enfance morose."

    Et puis, il y a Février 91. Ce titre de presque dix minutes clôture de la plus belle des manières un premier album très personnel. Laurie Darmon, qui nous avait parlé d’adolescence, propose un slam intime et bouleversant. Même si vous êtes nés bien avant 1991, il n’est pas possible de rester insensible à l’écoute de ces souvenirs égrainés par l’auteure, souvenirs qui parleront particulièrement aux trentenaires : "Février 98, bonne élève. Des mots de vocabulaire à apprendre tous les soirs. / Les dictées, les devoirs. Tom Tom et Nana sur Canal J. La douche, le dîner. / Denis la Malice le mercredi matin sur France 3. Les Minikeums. Les Filles d'à Côté. / Les jeux de bille au pied des troncs d'arbre dans la cour. /Les mammouths." Laurie Darmon slame avec grâce, pudeur et délicatesse. Elle nous ouvre son journal intime et partage la liste de saynètes de son enfance, de personnes qui ont croisées sa route ou de découvertes personnelles. Laurie Darmon parvient ici, comme ailleurs, à nous prendre par la main avec l’élégance, le culot et le talent d’une musicienne hors-pair.

    Grâce à Février 91, l’histoire artistique de Laurie Darmon, du haut de ses vingt-sept ans, ne fait que commencer.

    Laurie Darmon, Février 91, Universal Music, 2017
    http://lauriedarmon.com
    "Laurie Darmon, la fille formidable"